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Gilles Perrin
Portraits du Mali, 2002/2003
- Exposition du 7 décembre 2004 au 9 janvier 2005
- Espace 1789 à Saint Ouen
- 214, rue Alexandre Bachelet
- tél. 01 40 11 50 23
PHOTOS PRISES, PHOTOS DONNÉES
Le Mali, lAfrique en général se méfient des photographieurs blancs,
" Pourquoi tu prends ma photo sans me demander la permission ? Tu veux la vendre et te faire de largent sur mon dos ?
Tu veux te payer ma tête avec tes amis, là-bas ?
Ma pause, tu la prends parce que ma chemise est trouée ?
Parce que jai chaud et quon voit mes seins ? Parce que je transpire comme un buf sous ce fardeau ? Parce que, faute dargent, donc de moteur, je conduis ma pirogue à la perche ? Tu la prends pour saboter lAfrique, avec les Blancs, là-bas ? "
Dans la construction de la figure coloniale du Nègre, la photographie a joué un rôle majeur. Photographie coloniale de funérailles : non pas " Quelle tristesse ! " mais plutôt " Tas vu comme ils font ! " Les Maliens, les Africains en général ont découvert ces photos sur cartes postales. Ils nont pas aimé. Ça les a rendus méfiants.Gilles Perrin ne prend pas ses photographies à la dérobée. Son appareil est lourd et lent. Impossible de passer inaperçu. Pour les portraits, il demande. Ça change tout. Le jeune pêcheur torse nu photographié entre ses nasses, sil a voulu mettre sa chemise de fête, puis finalement sest ravisé, cest par choix, dans une conversation où il a dabord fallu sentendre.
Du coup, lexpression singulière de la personne ainsi portraiturée lemporte sur la pittoresque figure du Nègre. La conversation engagée se voit. Limage invite à la développer. Au delà du cliché.
Maintenant, observez attentivement les regards, surtout ceux des portraits individuels. Dans une minute, la personne photographiée va recevoir sa " pause " en main propre. La technique utilisée par Gilles Perrin permet ça, un tirage en développement instantané. Non pas photo prise, mais photo donnée. Observez ces regards et souvenez-vous de ceci : en ce moment même, limage que vous êtes en train dadmirer sous les lumières dun espace dexposition vit sa vie de photo de famille ; elle se donne à voir dans la quotidienneté dun mur de chambre, au Mali, ou dans les pages de lalbum quon fait tourner de mains en mains quand des amis viennent. Ça y est ? Vous avez fait le voyage ? Alors retournez votre esprit vers la photographie et faites comme si, celle ou celui quelle montre, vous en étiez parents ou amis.Jean-Louis Sagot-Duvauroux